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On pourrait s’étonner, alors que toute la profession se glorifiait d’une bonne résistance du livre dans la période de crise actuelle, de parler d’hiver en plein été. Et pourtant...
La fameuse crise n’a pas mis longtemps à s’immiscer dans ce que nous voulions croire comme le dernier village gaulois qui résiste aux dérives libérales, aux errements financiers, à la prédominance du vice sur la vertu.
Optimisme forcené ou aveuglement ? La crise était là et bien là et commençait à insinuer doutes, repli, frilosité, voire rejet. Le sauve-qui-peut général s’organisait déjà derrière la façade vite fissurée d’une chaîne du livre aux abois. Commandes en baisse, impayés, accueil glacial : les tentacules du chacun-pour-soi développaient ses métastases avec vigueur. Dans le même temps, le débauchage d’éditeurs faisait florès sous le couvert de conditions commerciales mirobolantes. Cette crise n’a-t-elle pas fait ressortir de façon plus criante une situation que nous sentions tous en devenir ? Et pourtant...
Ne serait ce pas précisément le moment de réfléchir à d’autres pratiques, d’échanger plutôt que de se refermer, de regrouper les forces de celles et ceux qui se battent pour une vraie chaîne du livre, respectueuse de ses différentes composantes, imaginative, généreuse et volontaire dans son action comme dans sa réflexion pour mettre en place un autre futur pour la création et ses moyens de diffusion ?
Ne serait ce pas précisément le moment de dissiper les malentendus, de dénoncer les manipulations, de faire tomber le masque hypocrite qui prétendrait l’existence d’une seule chaîne du livre alors que de plus en plus ce sont bien deux réalités qui se côtoient dans un jeu de cache-cache d’où n’en sortira rien de bon pour les plus fragiles ? Ne serait-il pas venu le temps d’affirmer ensemble des choix de fond ?
De mettre en place de véritables partenariats entre ceux qui se retrouvent dans une même démarche. D’aborder franchement la question de la valorisation du fonds, des retours, des conditions générales de vente, du transport, de nouveaux rapports permettant, dans leur complexité, une meilleure compréhension des réalités des différents métiers et des besoins de chacun.
Dans ce contexte, valoriser la librairie indépendante n’est pas seulement une posture d’ordre rituelle, elle est l’affirmation forte du besoin de réseaux différents permettant l’expression la plus large de la diversité. Encore faut-il que chacun joue le jeu et que le donnant-donnant soit autre chose qu’un déguisement des rapports de force commerciaux.
S’éloigner un peu de la ligne bleue de la « bonne gestion » pour ne pas oublier que le coeur de notre métier, c’est d’être tous des passeurs de rêves, de découvertes et de passions.
Trouver la perle rare qui ne deviendra peut être pas le nouveau best-seller mais qui vaudra, quand même, de mouiller sa chemise, de prendre des risques pour retrouver le chemin du contenu et du sens et ressentir le pincement qui vous annonce des horizons nouveaux. Et si on faisait reculer l’hiver ensemble... |